mardi 4 novembre 2014

Afrique du Sud: Cape Town, Kirstenbosch, Bo Kaap...

Pour notre premier jour capetownien, on va scinder la journée en deux.
Premier objectif: la visite des jardins de Kirstenbosch, souvent considéré comme le plus beau jardin botanique du monde.
Je ne vous refais pas le topo. On est au printemps, c'est l'éclosion des fleurs, c'est beau.
Deuxième objectif, un peu honteux: se faire la ligne "rouge" des bus touristiques de la ville.
On n'a jamais de notre vie emprunté un de ces trucs à touristes, on n'est pas fier mais ça fait plusieurs fois que des Sud-Africains qui paraissent dignes de confiance nous disent que c'est la meilleure façon de visiter la ville, en évitant de se taper la circulation, la tannée du parking, etc...Ok.

On commence donc par Kirstenbosch, qui se situe en fait à flanc de la Table Mountain, juste de l'autre côté du Cap, côté continent.
Le parc n'est pas placé là pour rien, puisqu'il y pleut deux fois plus qu'à Cape Town. Il faut tenter de le visiter le matin car l'après-midi, une bonne partie du parc est dans l'ombre.
Il faut très chaud aujourd'hui, on se croirait en plein été en France, pas loin de la Côte d'Azur. Les directions sont assez faciles, il y a juste un passage assez compliqué juste avant le centre du Cap, avec un gros échangeur piégeux mais dans l'ensemble, on se sera super bien démerdé en navigation dans la ville. Faut dire qu'avec la montagne et l'océan, y a des points de repère assez faciles. La route depuis Table View jusqu'au Cap est un plaisir, on longe la baie, on a la montagne en toile de fond, pfff, on regrette pas le périph'.
Une fois la M3 quittée, l'accès à Kirstenbosch est une belle petite route ombragée, bordée de maisons cossues. Plus loin sur la route, le domaine viticole de Groot Constantia, le plus vieux du pays. Devant le parc, on prend conscience qu'on est désormais dans une ville touristique: il y a deux parkings et le plus proche de la route est complet, on est donc dirigé par un type en uniforme vers celui du haut.
On trouve toutefois assez facilement de la place mais on doit ensuite faire la queue pour acheter notre ticket.
Et là, horreur, on entend plusieurs fois parler français. On s'en doutait un peu mais comme c'est la première fois du séjour, ça nous fout un peu le cafard.
Il y a beaucoup de monde à Kirstenbosch. Beaucoup de petits vieux en short et casquette (souvent des locaux), des handicapés aussi, parce qu'il y a une partie du parc qui est accessible aux fauteuils. Et des touristes donc. 
Il y a juste derrière l'entrée une très jolie place avec un ou deux restaurants, une pépinière, un magasin, une ou deux statues au milieu. Bizarrement, ça me fait penser à Roland-Garros.
La bonne nouvelle c'est que le parc à proprement parler est très étendu et surtout tout en pente. Evidemment, une fois passée la partie plane, il n'y a presque plus personne. 
On débute par un endroit qui rappellera des souvenirs macabres à ceux qui auront lu ou vu "Zulu", ce bouquin policier écrit par un Français, Caryl Férey: le bouquin débute par la découverte d'un corps à Kirstenbosch, dans le coin des plantes odorantes, le "Fragrance Garden".
Ca sent effectivement très très bon, on est invité à toucher tout un tas de plantes aux odeurs enivrantes.
Il y a déjà des "oiseaux de paradis", ces fleurs magnifiques et multicolores qui sont originaires d'Afrique du Sud. 
Quand on grimpe, on consulte le mini-guide qui nous a été fourni à l'entrée. Les plantes sont classées par familles. Tout n'est pas encore en fleur, les saisons de floraison varient en fonction des espèces, mais on a déjà un très bel aperçu.
Le clou du spectacle reste la fleur nationale, le super Royal Protea, qui est lui déjà en fleur, comme beaucoup de plantes du fynbos, ce biome unique au monde associé à la région du Cap.
Le fynbos (buisson fin en afrikaans), c'est en gros une végétation de buissons qui poussent sur les sols assez pauvres en nutriments de la région côtière près du Cap. Il est composé de milliers d'espèces endémiques, qui peuvent varier en fonction de l'altitude notamment. On pourrait l'associer au maquis mais il est beaucoup plus fleuri, riche en variété et exubérant que ce dernier.
Le haut de Kirstenbosch est justement consacré au fynbos. Depuis le parc, on peut d'ailleurs grimper jusqu'en haut de la Table Mountain par un chemin qui nous a été décrit comme assez difficile. On a donc renoncé mais on ne s'en plaint pas car il fait très chaud et ça grimpe déjà assez. La vue est belle, elle donne sur les "flats" (pas beaux), ces plaines sablonneuses dans lesquelles les Noirs ont dû habiter de gré ou de force du temps de l'apartheid et où se situent les plus grands townships de la ville (appelées "flats" au Cap, d'ailleurs).
Au loin, les montagnes Hottentots-Holland, au pied desquelles se situe la région des vignobles.
Une fois en haut, ben y a plus qu'à redescendre. On a de la chance car vient d'être inauguré le "Boomslang" (du nom du serpent dont je vous ai déjà parlé), un pont suspendu au dessus de la canopée, construit pour le centenaire du parc. C'est toujours sympa de se balader au dessus des arbres, on y voit d'autres choses.
Ce qui me plaît moins, c'est que ça bouge pas mal quand on est dessus. Faut dire que c'est devenu l'attraction du parc, il y a donc du monde.
On terminera notre tour par deux endroits particulièrement beaux: le coin des cactus et l'allée des camphriers. On a bien crapahuté, on s'est bien donné chaud mais ça valait carrément le coût, c'est à faire absolument, même si on n'est pas particulièrement sensible aux fleurs, arbres et plantes. Ne serait-ce que pour ce cadre unique.
On crève la dalle et ça sent très bon. Le problème, c'est qu'on n'est pas les seuls à avoir eu cette idée, vers 12h30...Il y a une queue infernale pour se faire placer à une table. On décide donc de la jouer comme d'habitude: à emporter. On grille donc tout le monde, on commande, on attend tranquillement au soleil que ce soit prêt et on bouffe comme des romanos dans la bagnole.
C'est déjà le deuxième restaurant situé dans un parc national qui est chaudement recommandé un peu partout, et c'est bien mérité. On a choisi le produit star, le burger au braai avec des oignons confits et je ne sais plus quoi encore. On s'est léché les doigts, c'était terrible.

On a gagné pas mal de temps et on peut donc envisager sereinement la deuxième partie de la journée. Direction le waterfront pour notre bus à toutous. 
L'arrivée sur le centre, le "city bowl", c'est quand même quelque chose d'assez dingue. Dur de regarder la route. Bon, là je dois avouer qu'on s'est un peu engueulé parce qu'on s'est perdu pendant 10 minutes sur le waterfront, avec Géraldine qui tourne le téléphone dans tous les sens "Bah ouais mais moi je le vois pas ton aquarium". Oui parce que le départ, c'est devant l'aquarium.
Ce qui nous a permis de visiter un peu, maintenant, on est incollable.
On finit par trouver, on se gare dans un parking, on prend nos tickets, nos écouteurs et on attend le bus.
On rigole nerveusement parce qu'on se sent pas trop à l'aise. Ca va, il n'y a pas trop de monde, mais quand même. Quand il arrive, il y a de la place en haut au fond, meilleur pour la visibilité.
On le dit ou pas? On a adoré. Bon, ok, on a eu un peu peur quand on a vu une bande de beaufs sauce sud-africaine se pointer torse nu mais dans l'ensemble c'était génial. Déjà, moi ça me faisait de vraies vacances de ne pas conduire. En plus, il faisait beau et chaud. Et pour terminer, on a une vue géniale depuis ces bus à étage. 
On a choisi le trajet qui traverse la ville puis grimpe pour s'arrêter là où le téléphérique pour monter à la Table Mountain démarre, redescend légèrement, plonge entre Table Mountain et Lion's Head pour arriver sur les plages de Camps Bay et longe la côte jusqu'à revenir au Waterfront.
Dans Long Street, immense artère commerçante de la ville, on est descendu du bus pour faire la visite guidée de Bo Kaap, le quartier malais qu'on voit sur toutes les photos de la ville pour ses maisons colorées, construites à flanc de colline.

Juste avant que la visite ne débute, on a eu le temps de faire le tour de Greenmarket, où l'on a beaucoup entendu parler français par les vendeurs d'objets africains qui pullulent sur cette place. Les bâtiments autour sont très beaux, beaucoup d'art deco.

On est un petit groupe à grimper dans les rues de Bo Kaap. La visite est plutôt réussie, pas mal d'explications sur l'origine de ce quartier. Quand les Hollandais sont venus et ont eu besoin de main d'oeuvre, ils se sont trouvés dans l'impossibilité de se servir parmi les tribus de bushmen du coin, réputés impossibles à faire travailler. Ils ont été cherché dans le plus docile, notamment en Asie du Sud-Est. Des Indonésiens, des Malaisiens. Plus des Noirs du Mozambique, de Madagascar, jusqu'à la Tanzanie.
Une fois affranchis, les anciens esclaves n'ont pas souhaité s'installer à proximité de leurs anciens maîtres et ont choisi les flancs de colline pour créer à Bo Kaap ("Au-dessus du Cap") leur propre quartier. Les descendants de ces habitants vivent toujours ici, beaucoup sont des "Cape Muslims". Il y a plus d'une dizaine de mosquées ici, on entend les appels à la prière un peu partout, à heures fixes. 
Les maisons peintes font l'attraction. Cela aurait commencé par un médecin qui aurait peint sa maison pour que les habitants l'identifient plus facilement. 
On fait un arrêt dans un magasin d'épices faramineux, dont les préparations sont connues dans toute la ville. Comme ça ne coûte pas grand chose (à peu près 8 fois moins cher qu'en France), on se laisse tenter par des épices dont il nous faudra imaginer comment les utiliser.
Entre la marche du matin et celle de l'après-midi, on commence à être bien rincés. Retour à la case départ dans Long Street, où l'on attend de nouveau le bus pour la suite du trajet. Ce coin de Cape Town fait moderne, occidentalisé. Pas plus de gens qui font la manche qu'à Paris. C'est bizarre de se dire qu'on est en Afrique.
On quitte le centre en serpentant dans les rues pentues qui mènent à la Table Mountain. On y récupère les gens qui auront emprunté le téléphérique. Je regarde la cabine qui descend. Mmm...pas pour moi, ça. Je veux bien monter mais ce sera à pied. Souvent, et notamment en été, il y a trop de vent et donc pas de téléphérique.
La route descend ensuite vers Camps Bay, une des nombreuses stations balnéaires de l'est de la péninsule.
Il y pleut plus que de l'autre côté en hiver mais les plus chics d'entre elles ont un avantage énorme sur le reste de la péninsule en été: elles sont à l'abri du vent et permettent donc de se baigner dans un océan de plusieurs degrés plus chaud que partout ailleurs. Car l'Atlantique est froid dans le coin. Dernier bout de terre avant l'Antarctique, le sud ouest africain subit le courant marin de Benguela, qui longe les côtes du continent depuis le Cap jusqu'en Angola. Dur d'avoir la chaleur et l'océan sans pouvoir se baigner!
La plage de Camps Bay est superbe, surplombée par les "Twelve Apostles". Plus loin, c'est encore plus beau: les petites plages de Clifton, numérotées de 1 à 4, auxquelles on accède par des escaliers. Au-dessus, des immeubles luxueux, avec parking sur le toit et bien souvent une piscine.
On s'approche de Cape Town en traversant la banlieue tranquille et indépendante de Sea Point, entre la colline de Signal Hill et l'océan. c'est moins chic, plus exposé au vent (les arbres en témoignent) mais les gens ici sont attachés à leur vie loin du Cap, avec leurs commerces, leurs restaurants. La communauté juive est très présente, les gays aussi.
Vers Green Point, de joggers partout sur le front de mer. De l'autre côté, le "Cape Town Stadium", qui a accueilli la coupe du monde en 2010. 
On arrive tranquillement à notre point de départ. Un petit tour sur le Victoria & Alfred (et non Albert) Waterfront, quartier neuf et animé, bourré de restos, de bars. il y a aussi un Food Market malheureusement fermé à cette heure, mais on y reviendra. 
On a notre compte et la faim aussi. On récupère notre voiture non sans avoir dû esquiver un mec très chelou qui mendiait avec pas mal d'insistance. Posté devant les cabines où l'on paie le parking, évidemment.
On commence à se démerder pas mal sur la route, on trouve les doigts dans le nez, sans se tromper, en longeant le port, ses lumières et ses containers maousses. Ca nous fascine toujours, ça.
On a hâte de se mettre au braai. 
La famille d'à côté l'a déjà allumé, génial, c'est ça de moins à faire. Ils viennent de Durban avec fille et gendre, passent quelques jours dans le coin. On s'installe avec eux, on picole bien, le père est très cool. Il a fait l'armée à l'époque de la guerre contre l'Angola, en Namibie. Il a vu des trucs bien glauques. Il carbure à la Castle, j'ai du mal à suivre. On parle serpents, climats, chiens. Eux, ils ont un bull terrier. Ils disent que ça effraie les voleurs parce que les Zulus (ils viennent de Durban, je répète) ont peur de leur morsure, qui rendrait impuissant. Vrai ou faux? Devant mon air dubitatif, ils ont l'air très sûrs de leur coup, j'aimerais bien savoir, quand même.

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