jeudi 23 octobre 2014

Afrique du Sud: Cederberg III

Dans les voyages, il y a souvent une journée perdue. Ou en tout cas mal optimisée. 
On savait depuis près d'une semaine qu'on aurait en gros 36h de temps dégueulasse au minimum, qui pouvaient éventuellement se transformer en 72h si on n'avait pas trop de pot.
Hier, on avait serré les fesses en voyant les nuages à notre réveil mais on avait eu notre "extra ball".
Aujourd'hui, aucune surprise: ciel très bas, pluie continuelle. On s'était fait à l'idée et on s'était même dit que ça tombait pas si mal: déjà, ça nous arrivait dans un coin où l'on restait quelques jours et donc qu'on avait eu le temps quand même d'explorer un minimum et en plus, ça nous ferait un vrai jour de repos, de glande, le truc qu'on ne fait jamais.

On ne se presse pas au réveil, on trainasse mais je ne peux pas m'empêcher de guetter une éventuelle éclaircie.
La météo dans la région est assez simple. Soit il fait très beau, soit il fait très mauvais. Il n'y a pas l'air d'avoir trop d'entre deux. En hiver, des fronts froids remontent de l'Antarctique sans trouver d'obstacle et frappent à intervalles plus ou moins régulier le sud et l'ouest du pays. Et c'est parti pour 2 à 3 jours de temps pourri. Puis le temps se remet au beau. Mais les journées couvertes et sans pluie n'existent quasiment pas. A l'inverse en été et dans certaines régions dès le début du printemps, pas une goutte pendant des mois.
Pendant ce temps là, le nord du pays (de Johannesburg à la frontière zimbabwéenne, en gros) est en hiver sec comme un coup de trique, les ciels sans nuages. Et l'été venu, tout reverdit sous l'effet des pluies estivales. Bon, je vous épargne le climat de la côte de l'océan indien, c'est encore une autre histoire.

On avance tranquillement dans notre visionnage de Game Of Thrones (entre nous, pas ma série préférée, même si ça reste intéressant).

On va dans la pièce commune pour se connecter un peu au monde extérieur. Il ne fait pas vraiment froid dehors, environ 16°C mais le lendemain, ils annoncent beaucoup plus frais là où nous allons (10°C et moins).
On voit les ouvriers de la ferme, hommes et femmes, venir s'approvisionner en denrées pour préparer leur déjeuner du midi. Que des "colored", ces métis de la région du Western et Northern Cape dont on se serait bien en mal de définir les origines exactes. 
Trois ou quatre jeunes Allemand(e)s sont aussi là, comme Dixie pour passer quelques temps en faisant du volontariat. L'un d'eux épluche consciencieusement des oranges pour en faire sécher les écorces. La pulpe, elle, est donnée aux animaux. Ils en ont trop. Pourtant, elles sont délicieuses. 
En fin d'après-midi, la pluie fait une pause et j'insiste un peu pour que nous en profitions pour aller marcher jusqu'au champ de manguiers de la ferme, un peu plus loin. La route est bien gadouilleuse. Une rivière passe au fond de la vallée, après le camping (évidemment vide). Deux ou trois tombes dans un petit champ, protégées par une clôture. Sûrement la famille du fermier, je n'ose pas aller voir. Sur le chemin, les eucalyptus embaument. La végétation est plus dense ici. Les moucherons aussi.
Sur le retour, je m'arrête aussi dans les champs d'orangers, à la recherche des quelques plants de rooibos que le fermier a laisser grandir ici. La pluie se remet à tomber dru. J'aime assez ce paysage sous la pluie, je lui trouve un autre charme. Pour 24h. Parce qu'il faut bien dire qu'il n'y a pas grand chose à faire quand il pleut.
Je m'inquiète un peu de la route pour Clanwilliam si la pluie se maintient. La piste est déjà détrempée, de belles flaques se forment, la boue est bien là. On verra demain.
Ce soir, l'humidité aidant, il fait bien froid dans la maison. Le feu est apprécié. 

Finalement, c'était une bonne journée.


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Les manguiers





Des chouettes fleurs dont on ne connait pas le nom





Franchement, même quand il fait pourri, c'est beau quand même, non?


Dans les champs d'orangers







lundi 20 octobre 2014

Afrique du Sud: Cederberg II

Lever sous un ciel plus couvert. On n'ose pas prévoir quoi que ce soit car les prévisions sont assez contradictoires et incertaines. 
Et puis une percée du soleil, les nuages encore accrochés aux montagnes nous redonnent l'espoir. J'adore ce moment, je passe un bon moment dehors à tenter de capter ses moments irréels, quand les nuages tentent de résister. Pas facile.

On ne sait pas trop si l'éclaircie va durer mais on se met en route pour Clanwilliam, en se disant qu'on avisera sur place. 

Sur le chemin, le spectacle offert par le lac est fantastique. Un miroir qui reflète parfaitement le ciel, créant une symétrie qui abolit les repères spatiaux. Si l'on se concentre sur le reflet, on finit par ne plus distinguer le haut du bas. C'est assez rare car il suffit d'une brise pour créer des vaguelettes qui brisent le sortilège.

Plus nous avançons, plus le temps se dégage. On se dit alors qu'il faudrait pousser au moins jusqu'au Pakhuis Pass, le col qui surplombe Clanwilliam et qui plonge ensuite en direction de Calvinia et de la province du Northern Cape.
La ciel est de plus en plus dégagé, la température grimpe et on est tout content de cette journée bonus de soleil sur laquelle on ne comptait pas vraiment

La route est de plus en plus spectaculaire, le paysage lunaire, les formations rocheuses très étonnantes. De l'autre côté, le paysage qui s'étend à perte de vue nous fait penser au sud-ouest américain. Pas une habitation en vue. Là commence le Karoo, ce grand désert du centre de l'Afrique du Sud.

On fait un arrêt pour voir la tombe d'un grand poète sud-africain, Louis Leipoldt. Pas grand intérêt, si ce n'est qu'elle se situe au milieu de nulle part, non loin du sommet du col.

Ensuite, on se gare juste à côté de la route, sur le départ d'une piste, il n'y a pas vraiment de randonnée, c'est pour profiter du paysage, marcher un peu, rien de bien fou mais le fait d'être tranquille sans personne pour nous gâcher la vue nous suffit. 
On redescend tranquillement vers Clanwilliam pour aller déjeuner dans une pension qui fait également restaurant, au centre du village.
C'est le Wildflower Show, qui se traduit par une exposition de toutes les espèces de fleurs sauvages que l'on trouve dans le coin. On zappera l'expo mais il y a une atmosphère gentiment festive. Oh, modeste, hein. Y a pas la foule, jusque un petit braai extérieur, quelques affiches. Un peu de monde dans la rue. Ca nous fait bizarre parce que ça faisait longtemps qu'on n'avait pas vu autant de monde.

On mange en terrasse, à l'abri du auvent de cette très chouette baraque de style un peu colonial. La patronne s'agite un peu partout, elle est fan de plantes, il y en a partout. Des oiseaux pépient et volettent. Une piscine, des palmiers, c'est vraiment beau comme coin.
La bouffe en revanche est tout à fait oubliable. Et pour nous ruiner un peu l'ambiance, des abeilles nous tournent autour en permanence. Je finis par en coincer une dans mon Coca mais j'ai hâte de passer à autre chose.

Clanwilliam vit un peu du tourisme (les fleurs, la montagne) et surtout du rooibos et des cultures maraîchères. Le plus important producteur de rooibos est installé en plein centre du village, dans une usine dont les effluves parviennent jusqu'à nos narines. Ca nous plaît assez.
La population est très contrastée. Des blancs bien portants et des ouvriers agricoles dépenaillés. Pas mal de gens dans un sale état.
Il y a un petit centre d'informations, installé dans un vieux bâtiment. L'hôtesse à l'accueil est à deux doigts de périr d'ennui et ne se donne même pas la peine ni de sourire, ni d'arrêter de pianoter sur son téléphone (Marie H., si tu me lis...).

Déception personnelle en regardant les dépliants. J'étais persuadé que le Sevilla Rock Art Trail se situait non loin du village. Il s'agit d'une petite randonnée construite autour une dizaine de sites de peintures rupestres. En fait, elle se trouve à 5 minutes du point extrême de notre promenade de ce matin...On ne se sent pas trop de refaire la route et Géraldine me calme d'un définitif "ouais bon, c'est encore des dessins sur des cailloux, quoi".

D'autant que nous devons refaire le plein de courses. On est en "self catering" depuis 2 jours et on le sera encore pendant plusieurs journées, dont certaines très loin de ce qui peut ressembler à un supermarché. Autant en profiter, même si le soleil ne nous incite pas à s'enfermer dans un Spar.

L'Afrique du Sud est un pays où l'on aura passé (pas perdu) un temps incalculable en discussions avec de parfaits inconnus. Et ce jour-là, c'est une Namibienne entre deux âges qui nous tiendra la jambe pendant un bon moment au rayon fruits et légumes. Elle n'a pas l'air dans la misère, elle navigue entre sa ferme près de Clanwilliam et sa maison en Namibie, ses potes au Cap. Bref, elle nous raconte des tas de trucs, nous parle de son copain médecin qu'il faut absolument qu'on appelle quand on sera au Cap (numéro à l'appui), de ses difficultés à faire travailler le petit personnel dans sa ferme, de la chaleur insupportable dans le coin en été...
Tout ça est parti d'une hésitation sur la nature des "granadillas". On s'était fait une sacrée ventrée l'année dernière de fruits de la passion mais ceux que l'on voit là n'y ressemblent pas. La peau en est plus jaune-verte et ils sont énormes. Au moins, cette rencontre aura servi à lever nos doutes. 
On a vachement pris en expérience aussi: on sait désormais résister à la tentation des noix de macadamia en coque.
Ces fruits-là nous avaient laissé la désagréable impression de nous transformer en Scrat, l'écureuil de l'Age de Glace qui devient fou à force de ne pas arriver à casser sa noisette.
Notre test sur les noix de pécan est en revanche beaucoup plus concluant: super facile à casser et 100 fois meilleures que pré-émondées).
C'était ma minute fruits. Rigolez pas, je sais qu'il y a des fans.

Les courses terminées, l'après-midi est bien avancée. Pas question de faire quoi que ce soit de neuf. Ah si.
Pour rentrer, on décide d'emprunter l'autre route. La N7 (Charles Trénet likes this) est appelée la "Cape-Namibia route". Bon, je vous fais pas la traduction.
Elle relie sur 1600 km Cape Town à Windhoek, capitale de la...??? Bien joué!
Le souci sur la N7 c'est qu'il y a continuellement des travaux. 
Et des travaux sur la route en Afrique du Sud, c'est une galère sans nom: un nombre incalculable de stop/go qui transforment le trajet en torture.
En gros, on avance, on a un panneau qui annonce une section stop/go. Après, il y a un gars (ou une fille d'ailleurs) qui agite un petit drapeau rouge avant le Stop pour nous inciter à ralentir. Puis un vrai stop avec une barrière. On laisse passer les gens d'en face. On attend en moyenne 10 minutes et c'est notre tour. Ca, tous les 3 km à peu près. 
On a cru devenir dingue.

En fait, on a pris cette route pour passer par le col qui surplombe la ferme et qui mène à la vallée centrale du Cederberg.
Ce col s'appelle Nieuwoudt Pass. C'est le nom de famille de nos logeurs. En fait le père du proprio a fait construire la route du col, il a partagé les frais de construction avec le gouvernement provincial et en échange, ils l'ont baptisé de son nom. C'est un peu la classe.

Moi aussi, je voudrais bien un Pop Pass ou un Nita Wapi Bridge. Ca claque.

Je comprends pourquoi quand j'avais demandé, après m'être étonné de l'état peu reluisant de la route pour Clanwilliam, si l'autre route était meilleure, j'avais eu droit à une moue peu convaincue de notre fermière.
Evidemment, la route n'est pas goudronnée. Et puis il y a ce petit gué, déjà inondé alors qu'il n'a pas plu depuis des jours, à passer. Et puis cette caillasse, partout.
Mais c'est beau aussi. Et bien désert.
Et la vue depuis le col est une chouette récompense. Il y a un panneau pour dire que l'on entre dans le territoire des léopards de montagne. Rares sont ceux qui en voient, alors même qu'ils vivent là depuis toujours. Ils sont invisibles le jour et très discrets la nuit. Ca doit être beau de les voir évoluer.

La fin de journée est tranquille. On nous annonce un temps dégueulasse demain et après-demain, on a du mal à y croire. A la nuit tombée, on se fera quand même un petit feu car évidemment, il n'y a pas de chauffage. Géraldine assure carrément, je l'appelle "maître du feu", elle est toute fière, tant mieux, je suis tranquille, ça fait une corvée de moins pour moi.



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